Ecrit et réalisé par Neill Blomkamp
Avec : Matt Damon, Jodie Foster, Sharlto Copley, Alice Braga
1h50
Sortie : 14 août 2013
-
Pâle Copie
Arrivé de nul part en 2009 avec l’intelligent
District 9, Neill Blomkamp envahit les écrans pour la seconde fois avec
l’ambition, somme toute légitime, de mettre Hollywood à ses pied. Après la
vision de son premier chef œuvre, il semblait déjà sûr que sa prochaine
réalisation allait devenir le joyau de SF qui était tant attendu. Si l’univers
visuel proposé et les thèmes sont proches (si ce n’est identiques) à ceux de
District 9 il reste malheureusement un léger goût d’inachevé.
Surfant entre la fiction et le documentaire,
se permettant les trois quart du temps à jouer sur la frontière perméable entre
ces deux grandes entités, District 9 s’imposait comme étant la matrice du
cinéaste sud-africain (qu’il a élaboré grâce à ses court-métrages), à la fois
riche et perfectible. Il ne lui restait plus qu’à élaguer sa matière filmique
pour en faire une œuvre plus concise sans perdre en qualité. Le parti pris de
Neill Blomkamp de délaisser l’aspect documentaire (du moins de l’aborder de
manière peu radicale) fait perdre toute la portée émotionnelle du décor. Alors
que le bidonville dans District 9 montre la gravité de l’état des lieux où sont
confinés les extra-terriens, le bidonville d’Elysium, tel qu’il est traité dans
Elysium ne provoque pas la compassion attendue aux différents personnages. De
plus, la comparaison avec les faits réels (l’apartheid) et l’ambiance des films
et bien plus évidente avec District 9 ce qui renforce d’avantage le côté
informatif du choix de (« faux ») documentaire.
Cependant, Elysium est très réussi lorsqu'il suit le fil de la pure fiction. Max (le héros incarné par Matt Damon) est
traité tel un véritable Messie, accomplissant sa destiné au péril de sa propre
vie. Tout est exposé dès le départ pour pouvoir ensuite filer cette
association. Etant éduqué dans un pensionnat catholique étant enfant, une des
Sœurs lui prédit un avenir hors du commun. Lorsque plus tard il se retrouve
appareillé de l’armure (qu’il est le seul à avoir pu « enfiler » sans
mourir) il a sur ses épaules le costume du sauveur. L’armure permet également
d’en rapprocher du symbole du Messie. En effet dans l’inconscient collectif le
messie fait figure de surhomme. Alors que dans un univers autre que celui de
Blomkamp l’armure de Max lui aurait proféré des superpouvoirs elle n’a pour
effet ici « que » d’accroitre sa puissance tout en gardant les vulnérabilités
de l’homme. Cette volonté d’élévation de l’homme, d’en faire un homme meilleur,
est par ailleurs développée dans son précédent film.
Si la partie « biblique » du film
est très bien travaillée, ce qui reste laisse un peu plus à désirer. Mis à part
les quelques clichés qui finissent par être enraciné dans les blockbusters
hollywoodiens (la petite fille narrant une histoire qui prendra tout son sens à
la fin du film, l’ancienne petite amie qui surgit de nulle part,…) la grosse
déception vient de l’antagoniste et de son environnement. Le Ministre Rhodes
interprétée par Jodie Foster que l’on ne voit pas assez au cinéma tente
d’exécuter un coup d’état en prenant le contrôle de la station Elysium. En plus
de ne pas assez étoffer l’intention de complot, Neill Blomkamp donne à la
pauvre Jodie Foster un personnage glacial, sans aucun relief, dont la toute
dernière action de celui ci devient incompréhensible, laissant un sentiment de
flou plutôt que d’ambiguïté.
Dans le paysage des blockbusters estivaux, Elysium fait
parti de ceux qui redorent le blason d’Hollywood, bien affecté par Lone Ranger.
Si les non-initiés au cinéma de Neill Blomkamp y verront sûrement l’un des
meilleurs films de SF de l’année, il n’est pas impossible que les admirateurs
de son premier film voient en Elysium une copie de District 9 (et tout ce
qu’une copie implique, à savoir une dégradation par rapport au sujet copié)
plutôt qu’un aboutissement.
Alexis D.
Max (Matt Damon), Frey (Alice Braga) et Matilda (Emma Tremblay)
Ministre Rhodes (Jodie Foster)
Kruger (Sharlto Copley)
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