Ecrit et réalisé par Brian De Palma
D'après Crime d'Amour d'Alain Corneau
Produit par Saïd Ben Saïd
Avec : Rachel McAdams, Noomi Rapace, Karoline Herfurth...
Musique Originale : Pino Donaggio
1h41
Sortie : 13 février 2013
9/10
Brian de Palma, maitre incontesté
du thriller américain post-moderne (parfois qualifié d’Hitchcock contemporain),
est cette année de retour avec Passion,
remake du dernier film d’Alain Corneau, Crime
d’amour (2010). Cinq ans après les médiocres Dahlia noir (2006) et Redacted
(2007), Passion s’impose comme le
retour en puissance d’un grand cinéaste - que nous avions perdu - à ses débuts.
Comme Francis Ford Coppola avec Twixt (sorti
en 2012, où Coppola revenait à ses premiers films d’épouvante), De Palma renoue
avec ses premiers thrillers érotico-hitchcockien des années 70 et 80. Le
résultat est époustouflant.
Synopsis : Deux femmes se livrent à un jeu de manipulation pervers
au sein d'une multinationale. Isabelle est fascinée par sa supérieure,
Christine. Cette dernière profite de son ascendant sur Isabelle pour
l'entraîner dans un jeu de séduction et de manipulation, de domination et de
servitude.
« Jeu de séduction et de
manipulation ». La majorité du cinéma de De Palma (du moins la grande
période) pourrait se résumer par ces termes. Passion s’inscrit directement dans la lignée de Pulsions (1980), Obsessions (1974), ou encore Body
Double (1984). Et ce, dès le premier plan, où nous découvrons les irrésistibles Christine
(Rachel McAdams) et Isabelle (Noomi Rapace) derrière un Macbook (l’ordinateur,
pendant tout le film, symbolise la perversité typique des personnages de De
Palma). Ce premier plan et cette première scène s’inscrivent dans un décor
bourgeois baroque, qui évoque - comme tous les autres décors du film - les années 80.
Avec en fond sonore les sublimes compositions de Pino Donnagio, omniprésentes dans
toute l’œuvre du cinéaste. En une minute, De Palma ne cache rien et annonce
d’emblée l’atmosphère si particulière de son histoire à première vue banale et
sans intérêt (milieu de la publicité). La nouveauté est aussi la récurrence des
nouveaux médias qui participent pleinement à la mise en place de l’intrigue
(nouvelles technologies : you tube, téléphones portables…) et qu’il intègre
parfaitement à sa mise en scène (comme pour Redacted,
mais où le résultat était pathétique et ennuyeux).
Car même si De Palma revient à
ses débuts, le sujet est quant à lui profondément ancré dans l’actualité. C’est
en assemblant son esthétique et sa mise en scène classique avec un sujet de
notre temps que De Palma réussit le mieux Passion.
Bien entendu, comme dans tous ses opus, son récit est saupoudré de références
incontournables, n’appuyant jamais trop sur son œuvre (Psychose et Vertigo sont
les principaux classiques évoqués dans Passion).
Et comme dans les classiques policiers américains, De Palma crée une tension
ascendante, qui se fait souvent réellement sentir au bout d’une petite heure.
Jusqu'à l’habituel climax terrassant. Le point faible est peut être que ce
fameux climax arrive plutôt tardivement (au bout de plus d’une heure de film). Ce
temps est néanmoins nécessaire pour que le spectateur en vienne à haïr le
personnage de Rachel MacAdams. Par ailleurs bien plus présente à l’écran dans
ce genre de rôle qu’une certaine Kristin Scott Thomas. C’est aussi, dans la carrière
de Rachel MacAdams, la première fois qu’elle revêt le costume de femme fatale.
Et il lui convient à merveille.
Christine (Rachel MacAdams) et Isabelle (Noomi Rapace)
L’impressionnant climax de Passion est marqué par une longue
séquence en split screen (la grande marque de fabrique de De Palma) qui scinde
le film en deux (nous entrons donc dans une deuxième partie) en rappelant au
spectateur que toute l’action se déroulant sous ses yeux est simplement et
purement un grand artifice. D’un côté, Isabelle assiste à un ballet. De
l’autre, Christine vaque à ses occupations nocturnes. Jusqu’au meurtre
pressenti. Mais une des autres grandes forces de ce cinéma, c’est de surprendre
son spectateur au moment où il s’y attend le plus, comme si un fantôme
parfaitement visible le surprenait dans son dos (Phantom Of The Paradise, 1974) : le faux champ contre
champ. A la suite de cette magnifique séquence, De Palma nous plonge dans l’esprit d’Isabelle, qui, accusée du meurtre de Christine,
perd la raison. C’est aussi l’occasion pour un personnage mis de côté dans la
première partie du film de s’imposer comme le chaînon manquant de
l’intrigue : Dani, brillamment interprétée par Karoline Herfurth, une sublime rousse.
Alors le récit bascule, le
spectateur s’affole. Jusqu’à halluciner autant qu’Isabelle, et se perdre dans
le labyrinthe de son âme. A la suite du dernier plan sur Isabelle, la dernière minute en apnée, un cut noir, et le
« The End » du cinéma classique américain. Nous reprenons notre
respiration, d’un seul coup. L’eau était glacée. Et la plongée passionnante.
Jeremy S.
Isabelle (Noomi Rapace) et Dani (Karoline Herfurth)
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